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Histoire des pompes à bras lyonnaises

Double page issue du Manuel des sapeurs-pompiers communaux : deux schèmas d'utilisation de la pompe : comment la déplacer une fois qu'elle est à terre, en la tirant à l'aide d'une chaine
Manuel complet des sapeurs-pompiers communaux, 1925, Musée des sapeurs-pompiers Lyon-Rhône, fonds Jacques Périer.
Publicité pour une pompe à bras sous forme d'affiche, avec un texte publicitaire et descriptif : ces pompes sont par exemple à deux jets, c'est à dire qu'elles peuvent combattre un incendie de deux côtés à la fois
Publicité du constructeur de matériel d’incendie lyonnais Pierre Mieusset, 1885, AML.
Pompe à bras à quatre roues type charriot : une cuve est portée par les 4 roues et un balancier d'acier orné de décorations en forme de lionnes permet d'actionner les pistons et de faire passer l'eau dans le tuyeau
Pompe à bras à quatre roues Champenois, c. 1840, Musée des sapeurs-pompiers Lyon-Rhône, inv. 1-013.
Seau en osier doublé d’une poche en cuir de mouton
Seau en osier doublé d’une basane de mouton, seconde partie du 19e siècle, Musée des sapeurs-pompiers Lyon-Rhône, inv. 17-313
Pompe à bras type luge tirée par deux roues et peinte en vert napoléonien
Pompe à bras à deux roues Guinand du corps de sapeurs-pompiers volontaires de Beaufort (Savoie), c. 1880, Musée des sapeurs-pompiers Lyon-Rhône, inv. 1-044
Pompe à bras à 2 roues Bouchard du corps de sapeurs-pompiers volontaires de Juliénas, 1866, Musée des sapeurs-pompiers Lyon-Rhône, inv. 1-008

Comme l’indique le Manuel complet des sapeurs-pompiers communaux dans son édition de 1925 conservée au musée, « la pompe à bras », ainsi appelée parce qu’elle est manœuvrée à bras d’hommes, sert à projeter l’eau avec force sur le feu, ou à relever la pression de l’eau quand elle n’est pas suffisante. La pompe est dite foulante lorsque l’eau qu’elle refoule est versée directement dans son réservoir à l’aide de seaux ; elle est dite aspirante et foulante ou aspirante, lorsqu’elle est alimentée par un tuyau d’aspiration plongeant dans un cours d’eau, un réservoir ou monté sur une bouche d’incendie.

Du 18e au 20e siècle, ces pompes sont transportées soit à demeure sur un chariot à quatre roues par traction hippomobile, soit posée sur un chariot à deux roues tiré par deux sapeurs ou attelé à un avant-train hippomobile.

Le Musée des sapeurs-pompiers Lyon-Rhône conserve quarante-quatre pompes à bras. Dans sa collection, quatre pompes ont été utilisées à Lyon, quatre sur le territoire de la Métropole et onze dans le Rhône. En outre, quatorze modèles fabriqués à Lyon témoignent du savoir-faire de huit manufactures différentes : Bouchard, Champenois, Darasse, Dubois, Eldin, Genet, Guinand et Mieusset. Construites entre 1741 et 1925, elles illustrent l’évolution de ces premières machines utilisées dans la lutte contre les incendies.

Une pompe Champenois à quatre roues de 1840 éclaire ainsi la doctrine de lutte contre le feu utilisée de 1759 à 1863 à Lyon, puis dans d’autres cités rhodaniennes. Très puissantes, elle permet l’emploi de tuyaux ou boyaux en grande longueur sans perte de charge dans les immeubles du centre-ville qui comptent alors presque tous quatre à cinq étages. Elle nécessite cependant d’être manœuvrée par vingt-deux hommes et alimentée en eau par 130 à 140 seaux d’osier.

Pour pallier le manque de sapeurs-pompiers ou la perte de seaux lors des interventions, le commandant Christophe Crépet modifie en 1863 la doctrine de lutte contre le feu à Lyon en faisant acheter auprès du fabricant lyonnais Alexandre Bouchard 10 pompes à deux roues aspirantes et foulantes dotées de seaux en toile. Utilisée à Paris depuis la fin du 18e siècle, la pompe parisienne est plus légère et plus maniable que les grosses pompes à quatre roues, mais moins puissante. Ne nécessitant que 2 sapeurs pour assurer sa traction, elle accélère les premiers secours à Lyon, mais aussi dans les communes du Rhône qui adoptent très rapidement le même modèle.

L’étude de documents administratifs conservés aux Archives municipales de Lyon (AML 1270 WP 019) révèle qu’au cours du 19e siècle, les fabricants lyonnais de pompes parisiennes adoptent et améliorent progressivement le modèle standard Ville de Paris doté de pistons de 125 mm, tout en proposant une gamme différente de pompes, comprenant notamment des pompes à quatre roues et des pompes de montagne transportées sur une luge en hiver.

Correctement manœuvrée par huit hommes, une pompe parisienne nécessite un minimum de 80 coups de balancier par minute pour produire un débit de 240 litre/minute. Son jet atteint alors une hauteur moyenne de 20 à 22 mètres en portée verticale et 34 à 38 mètres horizontalement.

Malgré ces performances, l’utilisation des pompes à bras évolue à Lyon avec la mise en place d’un réseau de bouches à incendie à partir des années 1870. Celles-ci permettent en effet d’y brancher directement des lances capables d’intervenir jusqu’au 5e étage sans mobiliser de pompes. Dès lors, de 1890 à 1913, les pompes à bras du corps lyonnais sont progressivement vendues et souvent rachetées par les communes du Rhône et des départements voisins. Tandis que les sapeurs-pompiers lyonnais motorisent complètement leurs moyens de lutte contre l’incendie en 1913, un rapport du Lieutenant-colonel Jean Rossignol indique même que trente-huit corps communaux rhodaniens utilisent encore une pompe à bras en 1953.

V.Bollier

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